jeudi 4 juin 2015

Mississippi

A Saint-Louis, frontière entre le Missouri et l'Illinois
Cher Jean-Bernard,

C'est à toi le pêcheur que j'offre cette rivière. Mais franchement, des pêcheurs je n'en ai pas vus le long des berges du Mississippi. Peut-être aurait-il fallu que je ne m'en sépare pas à Saint-Louis ?
Ce qui m'a étonnée est que l'un des ses affluents,
le Missouri est plus long que le Mississippi.
Nous avons fait un bon bout de chemin ensemble depuis le Golfe du Mexique. La moitié de ses 3 780 km ? Ça se pourrait bien. Il prend sa source dans le lac Itasca (Minnesota) à seulement 450 m d'altitude. Oui, cela m'a aussi étonnée.  Pour un fleuve aussi turbulent, il coule plutôt à plat.
A Saint-Louis j'ai été impressionnée par la quantité de bois
charriée par le fleuve, et sa couleur.
Franchement, il m'a un peu déçue. Je ne l'ai pas trouvé très beau. Large, impressionnant, sans aucun doute, mais beau, non. Chargé d'histoire et d'histoires, le fleuve reste encore aujourd'hui un élément fondamental de l'économie et de la culture américaine.
En Louisiane, en direction de la mer, pas follement poétique.
A Memphis, frontière entre le Tennessee et l'Arkansas.
Le Mississippi est un fleuve au débit important et aux crues puissantes, un habitant de Saint-Louis l'a même traité de capricieux. Il a fait l’objet de travaux d’aménagement colossaux, il est encore de nos jours une voie de communication essentielle au pays. Dix pour cent des marchandises des États-Unis sont transportés sur son cours. Son orientation en fait un axe de pénétration essentiel à l’intérieur du continent nord-américain et une voie d’accès aux Grands Lacs.
A Natchez, lien entre le Mississippi et la Louisiane
À partir de 1878, 29 écluses sont construites entre Minneapolis et Saint Louis afin de faire remonter les navires jusqu’à Minneapolis. Entre 1929 et 1942, 16 coupures de méandre ont été réalisées sur le cours inférieur pour raccourcir le parcours des bateaux d'environ 240 km. Ce qui m'a frappée, ce sont toutes les digues qui ont été construites de part et d'autre du fleuve pour le faire rester dans son lit.
 
Cette chanson a été écrite après les inondations tragiques de 1927. Bien plus tard, un groupe l'a reprise. J'ai décidément commencé ma connaissance du blues tout à l'envers. 
Mais rassure-toi, des pêcheurs il y en a plein par ici. S'ils ne s'aventurent pas près du fleuve, ils profitent de ses eaux égarées, transformées en petits lacs ou rivières.
A Ferriday, près de Natchez MS
J'aurais pu suivre le Mississippi jusqu'à sa source, cela aurait été une autre histoire, un autre voyage. Là, je pars en direction de Chicago.

Avec toute mon amitié.
D.

mercredi 3 juin 2015

Cherokee Street à Saint Louis


Cher Claude,

On peut dire que j'ai eu une fière chance de tomber par hasard sur un studio dans cette rue : Cherokee Street. Les autres du quartier sud auraient aussi bien fait l'affaire, remarque.
La Brasserie Lemp se situe en face du panneau 55. Elle n'a
pas survécu à la Prohibition en 1920.
Par contre, un peu plus au nord, tu vois Anheuser-Bush ?
Eux ont drôlement bien survécu puisque c'est là qu'est
fabriquée la bière Budweiser. Comme quoi...

Cherokee Street te plairait. Surtout la partie qui va de la Brasserie Lemp désaffectée à Jefferson Avenue. Pour différentes raisons. La première, c'est celle qui m'a fait éclater de rire et penser à toi ...
... un magasin quasi vide qui achète
et vend presque tout.
Donc une idée déjà exploitée.
Cherokee Street c'est aussi une rue d'antiquités, de brocantes le long de laquelle il fait bon se promener.


J'ai passé un bon moment à discuter avec un propriétaire de magasin de vinyls, certains très vintage, qui m'a dit qu'il tenait le coup depuis 2 ans et que ça marchait plutôt bien.

Dès que tu passes Jefferson, vers le haut (donc en direction de "chez moi"), c'est ce que ma proprio a appelé le coin des hipsters. Sûrement.



Ça m'a tellement rappelé de souvenirs, ces années passées à Londres, quand je vivais dans un Notting Hill Gate que je ne reconnais plus... Même les affiches avaient une allure rétro, elles auraient pu figurer dans la partie du bas de la rue avec les "antiquités". J'étais presque nostalgique en pensant aux années qui foutent le camp. 

Heureusement, ici à Cherokee Street, il y a le Mexique. On vit en espagnol, on mange mexicain, on s'habille mexicain, on y vient de toute la ville apparemment. Ça a balayé ma nostalgie. J'ai trouvé du pain, j'ai mangé des fajitas, j'ai balancé de Olà, que tal? ... mais je n'ai pas bu de bière, toujours pas.























Je dis ça parce que samedi, les micro brasseries de la région (une vingtaine en tout) organisaient une dégustation et un concours de leurs produits. Du coup, il y avait du monde dans la rue.

Tu vois, j'ai vraiment eu de la chance de tomber ici par hasard, entre Londres et Mexico, dans le fond !

Avec toute mon amitié.
D.

mardi 2 juin 2015

Saint-Louis Blues


Cher Jacques,

Je crois bien que tu es le seul à avoir mentionné Saint-Louis avant mon départ. Parce que tu y avais passé en train, entre Montréal et le Mexique. Je ne me souviens plus si tu es descendu du train. Je dirais plutôt que non, mais sans mettre ma main au feu.

J'ai choisi l'original, pas une copie, qui aurait pu être interprétée par Louis Armstrong,
Bessie Smith, Glenn Miller ou encore Hugh Laurie. 
Mais retournons aux racines avec W.C. Handy.
Moi, je suis descendue de mon véhicule, contente d'être rendue pour la journée, soulagée d'avoir encore une fois trouvé l'adresse qui m'attendait, fatiguée d'un voyage de près de 500 km. Et un peu grinche. Le studio Airbnb correspondait à la description, sauf pour la machine à laver/sécher. La proprio, qui n'était pas présente pour m'accueillir, m'avait envoyé toute une liste de choses à faire à Saint-Louis, des restos à visiter dans la rue (Cherokee Street), des consignes pour le studio. Mais rien sur les quartiers à éviter ou si le parking posait problème downtown. Pourtant, Saint-Louis n'a pas bonne réputation en matière de sécurité et Ferguson est dans la banlieue de la ville. Elle a attendu le lendemain pour me faire comprendre que je l'embêtais avec mes questions, qu'à part East Saint-Louis, la ville était très sûre et que les habitants du quartier dans lequel je me trouvais étaient des hipsters. Maintenant, si je n'aimais pas la ville, j'aurais dû aller à la campagne. Et pas un mot sur la description un peu trop flatteuse du logis.
Je me suis baladée dans le quartier, j'ai bien aimé. En observant les gens, j'ai essayé de comprendre ce qu'étaient des hipsters. Je n'y ai rien vu d'extraordinaire, j'ai donc dû me résoudre à aller sur Wikipedia : " Le hipster contemporain est un individu tentant de se démarquer du reste de la société par des marqueurs culturels, vestimentaires et physiques. Le paradoxe étant qu'ils sont des prescripteurs de mode, une partie des traits les caractérisant est diffusée dans la société dont ils cherchent à se démarquer [...] Le hipster est perçu comme l'individu à contre courant de la mode de masse le mainstream." En gros, le hippie du 21e siècle, le baba cool.. Elle a vu mon âge sur le descriptif, lu mes questions et compris ma mauvaise humeur et c'en était fait de moi. Je ne méritais pas qu'elle perde son temps. Ça tombait bien car je crois que je me serais vite emportée, je peux être d'une mauvaise foi effarante quand ça me me prend.
Le quartier a beaucoup de charme
Dans le fond, elle aurait pu être adorable, j'aurais tout de même eu ce sentiment de gueule de bois, malgré une absence totale d'alcool. Rien envie de faire, rien envie de voir, pas d'envie d'avoir envie. En plus il s'est mis à pleuvoir. Après Memphis la festive, rien n'aurait été à la hauteur. Il faut des moments de rien pour savourer les moments de tout. Pas de doute, j'avais le blues.
Oh, je suis "descendue du train", je suis allée downtown pour me donner bonne conscience, mais je crois que j'ai eu raison  de planifier la suite de mon voyage, la fin déjà. Des moments de tout, j'espère. Saint-Louis ne resterait pas dans mes souvenirs mémorables.
Mais revenons à ma visite de Saint-Louis, la Porte vers l'Ouest. La ville a connu ses moments de gloire, une expo universelle en 1904, puis le 3e J.O. de l'ère moderne. Maintenant, c'est moins glorieux, elle est détentrice de la médaille d'or des villes les plus dangereuses des USA.
Je suis allée voir la Grande Arche, haute de 192 mètres, dessinée par l'architecte finlandais Eero Saarinen. Je suis montée tout en haut pour avoir une vue qui ne m'était pas offerte depuis les trottoirs. J'ai même vu un match de baseball depuis là-haut, enfin quelques minutes seulement. J'ai aussi eu la mauvaise idée de reprendre ma voiture à la fin du match, ce qui m'a valu d'être coincée un bon moment dans ma capsule.



Je te promets que j'ai essayé de me laisser charmer. J'ai discuté avec un habitant heureux de Saint-Louis, originaire d'Arizona : taxes raisonnables, climat agréable, au centre de tout... il ne tarissait pas d'éloges, je n'étais toujours pas séduite. Il m'a dit : " C'est clair, ce n'est pas Los Angeles." C'est clair... C'est comment Los Angeles ? 

Avec toute mon amitié.
D.

lundi 1 juin 2015

Tennessee c'est fini


Chère Danielle,

Avais-tu des attentes en franchissant la frontière entre le Mississippi et le Tennessee ? Aucune, sinon découvrir Memphis, ta liste d'endroits à visiter ou expérimenter dans le coin était bien longue. Tu avais prévu une semaine, tu n'avais pas prévu que le week-end allait attirer autant de monde, rendant Sun, Stax et Lorraine Motel impraticables.
Ils arrivaient avec  une charrette sur laquelle
ils avaient entassé leurs maigres possessions
(Memphis Rock'n'Soul Museum)
C'est le luxe de prévoir plusieurs jours dans un même endroit, on peut repousser ou avancer, jongler... Correction, une petite semaine à Memphis, ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Rien que pour regarder, surtout pour cela, il faut pouvoir prendre son temps. Et puis les gens sont chaleureux. Ils aiment ceux qui viennent d'ailleurs.
Tu as senti cette envie de faire plaisir, d'accueillir. Ils ont été tellement nombreux à venir y chercher à défaut de gloire au moins de quoi manger. C'est une habitude de voir des gens d'ailleurs tenter une autre vie. Parfois réussir, parfois y perdre quelques convictions, mais en ayant tout donné, Jim Stewart ou Sam Phillips, et bien sûr Johnny Cash, Elvis Presley, Jerry Lee Lewis et B. B. King sont notamment arrivés à Memphis dans les années 1950. Mais aussi les Aretha Franklin, Carl Perkins, John Lee Hooker, Justin Timberlake, Howlin' Wolf, Bobby "Blue" Band, Al Green, Muddy Waters, Tina Turner, Otis Redding... et "le père du Blues" William Christopher Handy. Et des tas d'anonymes qui ont rythmé tes moments d'écriture sur des terrasses ou dans des bars.
Être à Memphis, c'est aussi prendre conscience de ce qu'est une vraie ville américaine, Memphis est une ville où les piétons sont quasiment inexistants en dehors de downtown, à cause de la densité extrêmement faible de transports publics. C'était aussi la première fois que tu t'es arrêtée dans une ville à majorité afro-américaine (63,3 %), la sixième ville du pays ou ce pourcentage est le plus élevé.
Tout n'a pas été parfait. Tiens, prenons cette soirée du 27 mai en l'honneur de BB King. Quel flop ! Il y avait des médias, il y avait du monde, mais rien de plus qu'un mercredi standard, les bikers se donnent toujours rendez-vous le mercredi soir. Tu avais imaginé que tous les groupes, tous les musiciens de la ville ne joueraient que des morceaux de BB King. Tu n'en as reconnu aucun. Et d'ailleurs les camionnettes des médias n'ont pas fait long feu.
L'"événement" avait pourtant été annoncé
Les médias avaient vu l'annonce, comme moi



Memphis pourrait faire mieux. Prenons la rivière, c'est bien beau d'avoir le Mississippi qui passe par la ville. Le MISSISSIPPI, bon sang, gens de Memphis ! Le MISSISSIPPI ! Vous avez remonté les digues, installé quelques bancs. Ne serait-il pas temps de prévoir quelques restaurants au bord du fleuve ? Déguster les fameuses grillades de porc en regardant passer la rivière... au son déchirant d'une guitare envoûtante, est-ce que ce ne serait pas mieux que... rien ? Ou presque, la vue sur un casino, en silence !
Une semaine n'a pas suffi. Tu étais triste en quittant la ville par la route 51, c'était la première fois pendant ce voyage que tu te disais que tu aurais pu y vivre. Parce que Memphis a permis que de tels bijoux soient composés ?
Avec toute mon amitié.
D.

PS. Cette fois, la dernière personne du Tennessee à qui tu as parlé ne travaillait pas dans une station service. Par contre, à Memphis, c'était un caissier sur l'infâme Lamar tout bien protégé dans sa cabine de métal et de plexi; il invitait peu aux bavardages.  
J'aurais bien emporté ce petit camion avec moi

La balade des canards


Chère Claudine,

Tu as développé ton goût aux hôtels de luxe sous mes yeux. Tu as avoué t'y sentir à l'aise. Alors, comme ce jour est un peu spécial, le premier du reste de ta vie, je tenais à m'associer à la liesse générale et t'envoyer tous mes vœux : que tes projets se réalisent, même les plus fous, c'est si agréable...
Si l'hôtellerie de luxe en faisait partie, à Memphis tu n'aurais pas le choix, il n'y en a qu'un digne de toi, le Peabody. Bien, vraiment bien. Début du 20e siècle, bien conservé. Lobby cossu avec bar au centre et fontaine au milieu du bar. Bien sûr, on y trouve aussi des hôtels de chaînes internationales, mais ce n'est pas ton style.
En allant faire un test WC et lavage de mains, j'ai retrouvé mes vieilles habitudes de fausse touriste de luxe, tête haute, épaules dégagées, genre le monde m'appartient. Ça marche aussi bien par ici.
J'ai juste été un peu choquée que la pianiste joue La Vie en rose, à deux pas de Beale Street d'où s'égrenaient des notes de blues. Si j'étais cliente de l'établissement, je porterais plainte. Comme utilisatrice des WC, je n'ai rien dit, les serviettes étaient bien moelleuses.

Il paraît que les rooftop parties du jeudi soir sont grandioses. Pas de chance, je suis arrivée un vendredi et repartie jeudi.
Tu pourrais aussi te déplacer en ville en calèche.
Cet hôtel a une particularité qui devrait te séduire. Figure-toi que hormis Eric Clapton et d'autres qui y ont leurs habitudes, 5 canards se font dorloter sur la terrasse par un employé  engagé à plein temps pour cette tâche. Leur boulot est de descendre à 11 heures pétantes par l'ascenseur, d'avancer en se dandinant sur la tapis rouge qui leur est réservé jusqu'à la fontaine centrale, sur King Cotton March. 
Ils y barbotent jusqu'à 17 heures, tout aussi pétantes. Puis, sous les acclamations et les flashs, ils font le chemin inverse jusqu'à leur domicile. Tout ça parce que le propriétaire de l'hôtel de 1932, après une partie de chasse plus qu'arrosée, avait planqué des canards dans la fontaine et que les clients avaient aimé.
Je vais te laisser barboter, ou tout ce qui te tentera, puisque tu as le choix. 

Avec toute mon amitié.
D.

PS: Comme je me suis laissée emportée, ma vidéo perso est un peu longue. Heureusement, j'en ai trouvé une sur Youtube.

PPS: Voici la mienne, de moins bonne qualité, mais avec un peu du cérémonial de l'événement...