vendredi 29 mai 2015

Stax : Ups and downs... and ups


Chère Danielle,

Otis Redding, Wilson Pickett, Sam & Dave, de la musique intemporelle, de celle qui fait bouger à l'intérieur, le cœur, les tripes, comme à l'extérieur, les jambes, les bras, la tête. Quand tu en écoutais à l'époque, certains amis te regardaient de coin, dans ton milieu, ça ne se faisait pas trop d'aimer ça. Mettons-nous en une tranche pour mémoire.
Le pied bouge, c'est bon signe. Tous ces artistes avaient un point commun : leur maison de disque, Stax. C'est une jolie histoire. Jim Stewart arrive à Memphis après la Seconde Guerre mondiale pour y tenter sa chance comme musicien country. Il doit attendre 1958 qu'un enfant du pays, Elvis Presley, le pousse à créer sa propre maison de disques, baptisée Satellite. Stewart demande l'aide financière de sa sœur, Estelle Axton, qui investit dans la société l'argent de l'hypothèque de sa maison.

Quelques modestes succès et Satellite signe un contrat de distribution avec la célèbre firme Atlantic Records. Une autre marque possède déjà le nom Satellite, Jim Stewart rebaptise alors le label Stax Records (de STewart et AXton). Dans les années 60, la politique d'intégration raciale de Stax était inédite dans le Sud des États-Unis, des groupes mixtes (comprenant des musiciens noirs et blancs) comme Booker T. & The MG's, autant que tous les employés du studio. Le quartier général de Stax se situe alors dans les bâtiments désaffectés du cinéma Capitol de Memphis, 926 East McLemore Avenue, en plein milieu du ghetto noir de la ville. On y trouve les bureaux du label, son studio d'enregistrement et une boutique de disques qui sert de test pour les nouveautés maison. A deux pas de "chez moi".
Il faut jeter un coup d’œil aux adresses de tous ces gens
qui habitaient autour de Stax, notamment Aretha Franklin,
Memphis Minnie, Memphis Slim...

Temps de tensions raciales, Jim Stewart cherche à se rapprocher du public noir recrutant en 1965 un jeune disc-jockey, Al Bell, qui deviendra sept ans plus tard copropriétaire de la marque. Stax diversifie alors son catalogue en signant les artistes blues Albert King et gospel The Dixies Nightingales, tout en renforçant son image soul avec Eddie Floyd.
À partir de fin 1967, Stax est frappée par une série de coups durs : en décembre, Otis Redding décède dans un accident d'avion, alors que sa carrière prenait une dimension internationale (Stax n'avait pas réalisé qu'il était célèbre en Europe !). Début 1968, c'est Martin Luther King qui est assassiné, menaçant l'équilibre entre blancs et noirs qui est au cœur de Stax. Enfin, Atlantic Records, racheté par la Warner, rompt son partenariat avec Stax et conserve l'intégralité des bandes enregistrées par le label. Une catastrophe de taille.
Al Bell riposte en orientant l'image du label vers le mouvement de "fierté noire" qui agite alors les États-Unis : il remplace son logo par le dessin d'une main claquant des doigts qui, de blanche, devient rapidement noire, et enregistre des artistes emblématiques comme Isaac Hayes.

Puis Stax enregistre de plus en plus souvent en dehors de son studio maison (abandonnant peu à peu le Memphis Sound qui a fait sa renommée) et se lance dans le cinéma Blaxploitation (dont Isaac Hayes signe la bande originale du film le plus marquant, Shaft).

La voiture très plaquée or de Isaac Hayes, dont il se moque encore
Et les ennuis reprennent : le fisc, le financement illégal de certaines organisations nationalistes noires,  le distributeur CBS bien décidé à couler ce concurrent encombrant... En 1975 Stax doit déposer son bilan.
En 2007, Stax revient à la vie, signant notamment Angie Stone, Ben Harper ou, après 30 ans de séparation, le vétéran Isaac Hayes.
Toute cette histoire, c'est au musée Stax que j'en ai pris conscience. Toute  l'histoire, les hauts et les bas, présentée avec du recul, " nous ne savions pas, nous avions l'enthousiasme, la foi, la folie "... C'est assez rare pour le souligner. Ce musée, c'est un endroit que l'on parcourt en rythme, en chantonnant, parce que Stax, c'est un bout de notre histoire puisque nous avons tous dansé sur l'un ou l'autre de ses musiques.
Stax, c'est le musée, et le renouveau du label, et aussi une école de musique, juste à côté (http://staxmuseum.com/ ) . Longue vie à eux! 
Décidément, dans cette ville il y a beaucoup de musique.

Avec toute mon affection.
D.

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